29ème dimanche ordinaire

Auteur: Philippe Cochinaux
Date de rédaction: 17/10/21
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 2020-2021

Un mandarin partit un jour dans l’au-delà. Il arriva d’abord en enfer. Au milieu de la pièce, il y avait une immense table ronde garnie de délicieux et copieux plats de riz. Les personnes assises autour de cette table étaient maigres, livides : elles étaient manifestement affamées...   Toutes pourtant avaient à leur disposition des baguettes qui leur permettaient d’atteindre les plats de riz. Mais, ces baguettes étaient longues de deux mètres et les empêchaient de ramener la nourriture dans leur bouche.

Le saint homme frissonna à la vue de ce spectacle.  Il alla ensuite au paradis.  La scène qu’il put y découvrir était fort semblable à la précédente : il y avait la grande table ronde, les plats de riz et les personnes autour de la table étaient également équipées de baguettes démesurées...  Cette fois, cependant, les gens étaient manifestement bien nourris, replets, souriants et se parlaient les uns aux autres en riant.  Le saint homme demanda une explication au Seigneur qui était parmi eux :

-    Je ne comprends pas, Seigneur : table, plat, baguettes, tout est identique en enfer et au ciel ; pourtant, ici, les convives semblent si heureux...
-    C'est simple, répondit Dieu, chacun est libre d’opérer comme il le juge préférable... Ici, autour cette table, les convives se sont habitués, depuis longtemps, à se servir de leurs baguettes pour nourrir ceux qui sont en face d’eux.  Ils se donnent tous à manger les uns aux autres...

Servir, toujours servir, rien que servir.  Mais finalement qu’est-ce que nous mettons derrière ce verbe ?  En consultant l’un ou l’autre dictionnaire sérieux et reconnu, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir, à quel point, le service est présenté de manière négative. Dans ces dictionnaires, cinquante pourcents touche à la notion de service militaire. Quarante autres pourcents sont dévolus à la définition du service entendu comme un travail à devoir accomplir, une tâche imposée par la fonction, le fait de se mettre à la disposition de quelqu'un par obligeance. Et enfin dix pour cent parlent du service comme d’une aide, d’une faveur. Seulement dix pour cent des définitions sont en accord avec ce que le Christ attend de chacune et chacun de nous.  Au cœur du Royaume de Dieu, la notion de service est essentielle. Mais alors comment la comprendre, la saisir de manière positive. Peut-être tout simplement en relisant ce verset de Marc à la lumière de l'évangile de Jean où Jésus nous parle également de service. En Jean, le Christ nous annonce ceci : « Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis ». Comme si la notion de service s'entendait comme le début d’une démarche, d’un chemin humain nous conduisant d’un état de serviteur à celui de l’ami. Ou mieux encore, comme si chacune des tâches que nous accomplissons par devoir, par obligation, nous apprenions à les vivre, à les réaliser au nom de l’amitié c'est-à-dire par amour. Le service que nous sommes invités à réaliser est celui qui se vit dans l'amour. Rien de plus, rien de moins. Et nous revenons une fois encore à cette maxime contemporaine : ce n’est pas l’événement qui fait la Vie mais la manière dont je le vis.  Le service n’a de véritable que s’il s’inscrit dans l’Amour, s’il se donne pour aider celles et ceux de qui je me fais proche.  Le service devient ainsi un don par excellence.

Le service dont le Christ nous parle ce soir est bien un service d'amour, c'est-à-dire un service qui demande une certaine forme d'abnégation de notre part, une certaine humilité mais également une certaine richesse : celle de découvrir que la vie se vit avant tout et surtout dans une multitude de petites choses. C'est la multiplicité des petits services qui permet à une communauté humaine d'exister. Sans solidarité entre les êtres humains, il ne peut y avoir de société ni de vie accomplie.  D’ailleurs, tous les services, petits et grands ont leur place et leur importance.  De plus, reconnaissons-le, tout au long de notre vie, nous passons par des différentes étapes où nous avons d’abord été servis, puis nous sommes devenus serviteurs et peut-être qu’un jour, nous redécouvrirons la nécessité de pouvoir être à nouveau servis. Un jour nous servons, un jour nous sommes servis.  Notre monde et surtout chaque être humain a besoin des deux.  Recevons alors tout service comme un cadeau de la vie et offrons à notre tour nos services comme signe d’amitié. Alors et alors seulement, nous pourrons, avec le Christ, nous dire les uns aux autres : « je ne nous appelle plus serviteurs mais amis ».

Amen.

 

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